Une enquête inédite de Sibelius à Paris : fume toujours que ça m’intéresse !

Pour : Laïonel Messaïe, secrétaire, trésorier, greffier, maître en arts martiaux, cuisinier.

De : Sibelius alias Petulo Clarck, moine, enquêteur, agent très spécial, tonsuré de frais.

Sujet : Mission impossible. Stop. Code : Nom d’une pipe en boite, te faut plus prendre les parapluies pour des sirènes.  Stop. Je ne répète pas, stop. Te tiens au courant sous peu. Stop. Reçu message ci-joint. Stop. Envoie-moi poudre d’empreintes et monocle à rayons X d’urgence. Stop. C’est tout. Stop.

Dear chéri,

Ces quelques mots pour vous faire part de la scandaleuse intrusivité malotrue dont un de nos domiciles fut victime. Figurâtes-vous que ce mardi, alors que je me baladais avec Caligula et Caracalla, les deux yorkshires de Madame de La Motte,  notre plus beau logis fut vandalisé outrecuidemment. Le 18e, celui de l’avenue Margarite, du nom de ce peintre obscur au nom imprénommable.  Je tremblote encore de toutes mes molécules.

Dès que le système d’alarme se mit à tocsiner, tout le commissariat de police et sa troupe d’élytres débarqua en notre palais et j’arrivai fort à propos sur ces entremises, mais trop tardivement comme eux-mêmes d’ailleurs ! Sur les lieux, je contemplationnai l’ampleur du désastre. Assoyez-vous, donc afin que je vous récapitulationne le bilan de nos pertes et tracas.

Notre magnifique statue de Prachose,  La toilette de l’Atlantide*,  est à présent alanguie de tout son long et sur le  côté droit dans la méridienne de notre salon Louis XVI. Elle se la joue Pompompidour, une honte, et se permet une pose alambiquée du plus mauvais effet, comme tel sur la photo de pardessus et par-devers. On dirait un de ces obélisques de piètre vertu, vous savez ces péripatibulaires que vous me ramenâtes quelques fois.

Hélas, de ses longues jambes fuseautées qu’elle massait à profusion pour en amincir ses mollets délicats ne reste qu’une queue de fish and slip. La décadence m’interdit par ailleurs de la définir plus profondément. Vous voyez l’effet en société quand la baronne von Buïbuïck viendra déjeuner la semaine prochaine ? Je ne puis guère présumer des french cancans qui nous en découdrons. Rien ne me sera épargné, je vous l’assure. Et si c’était tout !

Vous rappelez-vous l’élégant docteur anglais  venu consulter mes migraines auriculaires. Nous prîmes le thé for two et baguenaudâtes quelque peu dans les pâturages, canne à la main et parapluie dressé sous le vent comme ma chevelure. Ach…  j’en conviens de bonne grasse, je confondis quelque peu mon quant à moi et son quant à lui, mais en tout mien tout bonheur.

Le malheureux en oublia son couvre-chef derrière le sofa. Ce dernier, un melon dodu, prit la tangente pendant nos esbrouffades pour s’en aller glaner aux champs. De beige qu’il fut, il en revint excessivement crasseux pour ne pas dire obscène, si je puis oser. Je peux derechef le faire nettoyer à mes frais. J’en suis absolument tournebouleversifiée. D’autant qu’en partant, il a entrainé avec lui le lampadaire de l’entrée qui a soudain rétréci telle une peau de chafouin qu’on dirait une allumette suédoise et s’est permis le luxe de perdre deux boules.

Quant à mes cuissardes préférées achetées à grands frais l’hiver dernier chez LeBouquin  il semblerait qu’elles fussent découpées en deux dans le sens de la hauteur vers l’avant du galbe et lacérées de rouge. Godemichet ! Des bottillons de gueuzes, mon ami, j’en avalai mes amygdales de travers et sur le coup, tombai sur cette pomme malencontreusement glissée sous le tapis par on ne sait quel malentendu.

 Je vous fais parvenir ce témoignage photographique de la maréchaussée, que j’ai également polypropyléné et envoyé au détective privé dont on m’a avoué le plus grand bien, un moine froqué qui fait de l’exercice et de la méditation transversale.

Vous l’aurez compris, je n’ai plus mes idées en place de Grève, mais bien ailleurs, à l’abri dans ma boite crânienne à présent vidée comme une blette éventrifiée sur un marché.

Vivement votre prompt retour, mon ami, que je puisse enfin me repositionner entre vos bras protectionnistes et virilement musclifiés.

 Votre toujours and for ever,

Paméla

 

 

*Pradier : La toilette d’Atalante.


Ecrit pour l’agenda ironique de ce mois de décembre 2017. Nous sommes deux, les narines des crayons et moi-même à avoir lancé cet improbable défi surréaliste comme l’est ce collage avec quelques contraintes d’écriture. Il fallait glisser la phrase : Nom d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes ! Il convenait de présenter son texte sous forme de lettre et d’y glisser mots inventés de toutes pièces, tournures de phrases originales ou conjugaisons malheureuses.

A propos Anne de Louvain-la-Neuve

Anne d'un nulle part, ailleurs ici ou là, entre réel et imaginaire.
Cet article, publié dans Chroniques, Des textes pour sourire, Ecriture, Nouvelles, Petites histoires, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

23 commentaires pour Une enquête inédite de Sibelius à Paris : fume toujours que ça m’intéresse !

  1. Valentyne dit :

    je viens en catimini te faire de gros bisous ❤

    J'aime

  2. Ping : Non d’une pipe en boîte, voici l’heure de choisir son lampadaire – Les narines des crayons

  3. Excellente métaphore à propos de la brigade volante 😉

    J'aime

  4. iotop dit :

    Bon jour,
    Un rapport circonstancié, trop rarement vu dans nos contrées et qui donnerait du zygomatiques à la grenouille du palier-nénuphare si ce n’est au concierge du funérarium 🙂
    En bref, j’adore ce moment de lecture (et à relire)
    Max-Louis

    J'aime

  5. patchcath dit :

    Oh misère, et quel délire, tu parles à ton homme comme on ne parle plus

    J'aime

  6. Ping : Petit billet de l’entre-deux pour l’agenda ironique du mois, Spinoza et les tigres. | Anne de Louvain-la-Neuve

  7. Leodamgan dit :

    Faut plus prendre non plus les parapluies pour des baleines! Si je puis suggérer?

    J'aime

  8. LydiaB dit :

    Un régal ! ce texte vient d’ensoleiller ma journée !

    J'aime

  9. victorhugotte dit :

    Mes cuissardes égarées transformées en bottillons de gueuze ! hahaha ! il ne manquait plus que ça. Excellent! Du nanan !

    J'aime

  10. Frog dit :

    Mais comment fais-tu ? 😀 😀 😀
    Va falloir empêcher la langue de fourcher quand il sera question du menu du vendredi des petits, maintenant ! Déjà que le tri des sous-vêtements est chez nous un cas suce-belly (OMG) !

    J'aime

  11. Chère doublement collègue, je n’ai qu’une chose à dire « Godemichet! »
    Il faut dire qu’en te lisant, j’ai failli avaler ma cuiller (dixit Perceval)!
    Je ne suis pas sûre d’arriver à écrire quelque chose honorer notre sujet commun: j’ai l’esprit en boîte, (ou raide comme un lampadaire si tu préfères) ces temps-ci. Mais là, je suis rassurée: c’est une participation qui compte double 😀

    J'aime

  12. Sev dit :

    C’est juste génial, je me suis régalé les mirettes!!

    J'aime

  13. Ping : Agenda ironique de décembre 2017 | Anne de Louvain-la-Neuve

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s