Un père Noël de saison

cochon

C’est dingue de se dire que si la neige n’avait pas existé, le père Noël n’aurait sans doute pas eu l’air de ce qu’il est aujourd’hui. C’est un fait avéré, et prouvé scientifiquement, il aurait, sans aucun doute aucun, ressemblé à n’importe qui. C’est n’importe quoi, non ?

Peut-on en effet une seule seconde l’imaginer dépourvu de son gros bonnet rouge à pompon blanc, pompompidoum ? Un père Noël sans couvre-chef et sans lunettes de sagesse, c’est comme un cochon sans sa queue en tirebouchon, il manque un petit quelque chose. Sans barbe blanche ? Une preuve irréfutable que l’homme a de l’expérience, qu’il n’est pas né de la dernière pluie, que nenni, et qu’il en a dans les guiboles et dans le ciboulot !

Emmitouflé de son bel habit rouge matelassé 100% mérinos, une ceinture de cuir de première qualité ceint une taille formidable. Des gants ont récemment remplacé les moufles, bien plus pratiques pour la distribution des jouets, des cadeaux, des bonbons, tandis que des bottes de géant, pointure 49, complètent un personnage à la hauteur de nos imaginaires d’enfant. Iconoclastes jusqu’au bout, pousserions-nous le vice à l’installer en pleine rue, circulant pédibus cum jambis ? C’est sans compter  les rennes hyper nordiques et costauds, ainsi que le traineau tarabiscoté, qui ne vient pas de chez Ikea, toujours plus performant à la glisse entre les nuages et atterrissant délicatement sur les toits sans en arracher une tuile, quel bol !

Si vous me posez la question, donc, peut-on un instant valider la thèse d’un père Noël sans l’attirail qui va avec ? la réponse est non. Et je vous explique pourquoi.

Le coup de génie qui, à jamais allait changer sa vie et celle de toute la planète était une invention révolutionnaire, la neige ! Blanche, elle peut en l’espace d’une nuit transformer n’importe quels paysage, cité, baraquement, usine, caravane, décharge, trou perdu en sublimités poétiques pures et immaculées. Dans son époustouflante splendeur, cette poudre ne s’inhale pas sauf si l’on a envie d’essayer des sensations pas comiques. Elle peut se condenser afin de permettre à tout enfant ou adulte d’envoyer des missiles à la tête de compagnons de récrés ou de voisins, de parents, amis ou ennemis. Cette délicate composition a de multiples pouvoirs : paralyser le trafic, pousser dix fois plus lourd qu’elle dans les talus, se sculpter pour devenir bonhomme, se déguiser en miroir pailleté.

Une marque déposée plus tard, attifé comme il apparait désormais, le père Noël circule avec l’équipage ad hoc, adapté à la poudreuse, à la compacte, à la fondante, dans le blizzard, dans le brouillard, gel ou pas.

En période de vacances, l’espace de quelques mois, c’est un inconnu que l’on croise, affublé d’un short à fleurs, d’une chemise 100 % polyester à manches courtes. Au-dessus de sa tête chauve et d’un menton impeccablement rasé, un panama. Un collier de graines séchées autour du cou et chaussé de sandalettes en plastique, le voilà qui monte sur son scooteur, accompagné de son fidèle Milou, un pékinois ridicule qu’il case dans un panier en osier entre ses pieds. Le père Noël plus que probablement est un beatnik de plage, un mai soixante-huitard avant, pendant et après les lettres Peace and Love et/ou pire, un fumeur de joints occasionnel ?

Si la neige disparait, il sera contraint de ranger ses vêtements au placard pour toujours et, fonçant à fond de train du bout de la rue sur sa vespa pétaradante, à moitié nu, il demeurera un n’importe qui que des lunettes de soleil seules préserveront dans l’anonymat, alors que, tendus vers ce moment unique dans l’année, les petits comme les grandes personnes, veulent encore croire aux mystères d’un vieux barbu curieusement sapé, drapé de neige,  dans la magie de la dernière des quatre saisons.

 

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Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le site ici

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A propos Anne de Louvain-la-Neuve

Anne d'un nulle part, ailleurs ici ou là, entre réel et imaginaire.
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27 commentaires pour Un père Noël de saison

  1. Leodamgan dit :

    Je viens de regarder en DVD (pris sur la TV) ce c=vieux film « Falstaff » d’Orson Welles.
    Le personnage (et donc l’acteur) ressemble d’une façon si hallucinante au Père Noël, que, bien que le film soit en noir et blanc, on le voit en habit rouge! (non, je n’ai rien pris d’illicite… 😉 )

  2. L'Ornitho dit :

    Sans le tapis blanc, où se glisser le restant de l’année … grisaille du monde …

  3. Voilà LE sujet que la Cop21 a totalement évité, évacué et oublié….avec +1° par décennie, combien de temps avant que la houppelande se déplume ??

  4. martine dit :

    La dure existence d’un Père Noël…

  5. pidipiwo dit :

    « Blanche, elle peut en l’espace d’une nuit transformer n’importe quels paysage, cité, baraquement, usine, caravane, décharge, trou perdu en sublimités poétiques pures et immaculées. », voilà exactement comment je vois la neige.

    Cela dit, il ne faut pas oublier que pour certaines parties du globes, il fait sacrément chaud en décembre ! Pas de neige pour le père noël donc…

  6. jérôme dit :

    Dans l’hémisphère sud, Noël tombe en plein été. Et pourtant le Père Noël ne distribue pas les cadeaux en tongs, mais dans son habit rouge traditionnel. Et le traineau glisse sur le sable chaud, pas sur la neige. Bizarre, bizarre…

  7. Denis Danielle dit :

    Magnifique…

    ________________________________

  8. 'vy dit :

    Boh, ils se débrouillent bien de l’autre côté de la planète avec leur été à Noël… et puis, il y a aussi des ordures qui se font passer pour le Père Noël, l’habit ne fait pas le moine. D’ailleurs, le père noël n’est pas un moine, ça ne plairait pas à Madame Noël.
    En fait, je laisse un commentaire pour dire que j’aime bien la p’tite illustration qui va tout à fait avec le sujet.

  9. Ben oui, vu la météo, j’ai fini par me raser. Faut bien s’acclimater … ;-(
    Par contre, les toits et les cheminées sont bien plus praticables. Du coup, si j’étais riche, avec mon stradivarius, toute la journée je ferais bien « biddy biddy boum », pedibus cum tarandris.
    Et puis j’accueillerais mes amis en fin de soirée pour une soupe à l’oignon, un coin de chaleur et une dose de réconfort. Big bisous

  10. monesille dit :

    A bas le réchauffement climatique qui nous priverait de telles merveilles d’imagination !

  11. Le réchauffement climatique aura-t-il raison de sa houppelande ? Viendra-t-il alors hanter nos cheminées en maillot de bain ? Merci Anne pour cette fantaisie débridée !

  12. Voilà qui me donne brusquement grande et belle envie de neige!

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