Gabriel Tallent, My absolute darling

Je n’écris mes avis sur les livres que s’ils me plaisent. Perdre mon temps à citer d’abord pour les démolir ensuite des auteurs et des histoires qui ne m’intéressent pas, je n’y vois justement ni bénéfice pour moi ni avantage pour mes charmant(e)s amis(e)s.

Mon rendez-vous du soir avec My absolute darling était à ce à point urgent que je me réjouissais dès l’après-midi de monter dans ma chambre pour retrouver Turtle, tout en me demandant si j’allais pouvoir dormir. Ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé ! Pourtant, partagée entre la fascination et l’horreur, l’attrait et l’écœurement, comment allais-je parler d’un tel bouquin sans dégouter tous les lecteurs de l’acheter ? Il a donc fallu, non que je le susse, mais que j’en suce la substantifique moelle pour oser l’aborder ici.

Tout d’abord, il y a cette écriture rythmée, qui va droit au but. Les descriptions des différentes espèces de végétation, d’une précision encyclopédique, de la nature, des rivières, des forêts, des paysages nous entrainent dans un monde sauvage, brut, dangereux aussi car l’on peut s’y perdre, merveilleux souvent ou parfois. L’eau est froide, salvatrice, purificatrice. Mais s’il l’on n’y prend garde, elle emporte et noie. On peut manger un scorpion sans se faire piquer et vivre avec une tarentule comme animal de compagnie sous certaines conditions. Miroir de la vie humaine, la nature en reflète la douceur et les dangers.

Tu es « my absolute darling » dit le père après avoir violé sa fille. Car voilà l’horreur et son déploiement de désespérance. Martin viole sa fille Julia depuis qu’elle est toute petite sans doute. Elle a quatorze ans quand le roman démarre. Et rien n’est épargné au lecteur pétrifié ni la description des viols ni la manipulation de cet esprit dérangé sur sa victime et les diverses manifestations de ses abus tels les gifles ou les coups.

Comme elle refuse qu’on la prénomme Julia, elle se fait appeler Turtle. Son père lui donne le plus souvent du Croquette ou autre petite conasse. Alors que fait-elle ? Elle réfléchit comme elle peut, se réfugiant sous sa carapace, sans pouvoir mettre des mots sur ce qu’elle vit, mots qu’à l’école elle ne peut ni assembler ni retenir. Elle empoigne son arme dont Martin lui a tout appris et s’exerce au tir et à la survie dans ses promenades nocturnes, dans les bois, le long des plages, dans les parties de cartes avec son grand-père.

Ce roman est le récit non d’une insurrection, d’une résurrection, d’une rédemption. Turtle grandit lentement, en se constituant comme elle peut, avec le peu dont elle dispose : en cela, elle est proche de Liesbeth Salander sur bien des points, mais pas sur tous. Turtle va survivre, mais il faut qu’elle apprenne à formuler des pensées propres en rassemblant des mots et des phrases qui peuvent l’aider à révéler ce qu’elle vit et ce qu’elle est. Sa rencontre avec deux garçons, en particulier Jacob, son grand-père, la compassion d’Anna, une de ses profs, sont les éléments qui, telles des pièces d’un puzzle, vont doucement lui permettre d’accéder à une réflexion indépendante de celle de son père, à un recul sur son existence et son fonctionnement, pour finalement lui sauver la mise et la vie.

Bestseller aux États-Unis en 2017, ce roman lance la carrière d’un nouvel auteur dont on n’est pas prêt à oublier cette première œuvre. Je ne m’y serais pas risquée s’il ne m’avait pas été recommandé par une personne qui m’est chère. Voilà, faites votre propre opinion sur la manière dont vous allez l’aborder ou pas, de loin ou de près, je vous en laisse juge.

A propos Anne de Louvain-la-Neuve

Anne d'un nulle part, ailleurs ici ou là, entre réel et imaginaire.
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11 commentaires pour Gabriel Tallent, My absolute darling

  1. J’avais déjà envie de lire ce roman… envie confirmé après avoir lu ta critique.

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  2. Leodamgan dit :

    C’est assez effrayant… Mais je le lirai peut-être, sur ta recommandation.
    Bonne soirée Anne,
    Mo

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  3. lebouquinivre dit :

    Je le lirai à coup sûr… quel sujet…!

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  4. Valentyne dit :

    C’est un livre très marquant ….
    Éprouvant aussi..

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