La grande bidouillerie, 11 novembre 2017, N° spécial : ces écrivains de chez nous

Arbre généalogique des « Bougons-Macabres ».

Les Bougons-Macabres est la somme, oui la somme, l’absoluité de la concrétisation de l’aboutissement de l’œuvre ultime autant que souveraine d’Emile Bougon, un écrivain néophyte, dont les romans sont paradoxalement les premiers et derniers, nous assure-t-il et espère-t-on.  Emile Bougon est en effet et pour les connaisseurs, le petit-fils de Jean Macquart, l’artificier du palais royal, qui était lui-même arrière-petit-fils non déclaré et puiné de Clotilde-Gervaise Macabre, femme de chambre autant que céramiste brillante qui devint ce qu’on sait par l’entremise d’un certain Zola.

Paraissent ce mois 75 volumes déclarés, pas un de plus, pas un de moins, qui tous comprennent un nombre de pages égales à 69, ce qui pour certains mauvais esprits pervers ne sont peut-être rien mais représentent beaucoup en jouant du piano debout. 75 volumes d’une densité comparable à ce qu’en chimie, on qualifie comme densité relative d’un corps en tant que rapport de sa masse volumique à la masse volumique d’un autre pris comme référence. On l’aura naturellement compris, la référence est bien celle d’un auteur homonyme,  que nous ne ferons pas l’insulte de renommer pour nos lecteurs qui ne sont pas des imbéciles puisqu’ils ne sont pas douaniers.

On peut affirmer globalement que le monde entier, Monde avec une majuscule présentement, va être tout simplement passé à la moulinette, gentille moulinette qui les plumera tous :  l’industrie pharmaceutique, les savons Avon, la médecine tropicale, la chasse à la galinette cendrée, l’élevage intensif, la production OGM ou GMpas, le foie gras de poules, les poules en conserve, les feux de Bengale, Donald T. contre Rastapopoulos, Rastapopoulos contre Mac Donald, j’en passe et non des moindres. Ces livres sont une bombe, mieux qu’une bombe, du vitriol condensé, une bombe H comme Harnold, qui est son sixième prénom après tous les autres.

Les différents tomes mathématiquement constitués comprennent, outre la couverture portant le titre Les Bougons-Macabres, une biographie complète de ma famille réunie pour la première et ultime fois, pamphlet contemporain, une page blanche, une page de garde, une page de dédicace, dix pages de citations d’auteurs, et vingt-cinq de bibliographie, ce qui atteste le sérieux de l’entreprise. Les trente autres pages déploient avec un aplomb sans toxicité saturniste un sujet particulièrement épineux de notre société.

Dans le tome 1, il cite un texte d’un scribe oublié depuis, un certain Sorj (Jacques) Chalendon. Il s’agit aussi d’une bibliographie particulièrement émouvante. Pourquoi l’herbe devenue toxique à force d’absorber toutes sortes de saloperies l’a-t-elle rendu très malade puis l’a guéri ?  Jacques a été amené à consulter le docteur Bonzi, arrière-petit-cousin par alliance de Dominique de Bonzi, né en 1591 et mort le 30 avril 1621, un prélat français du XVIIe siècle, fils du comte Pierre de Bonzi, et de Lucrèce de M., frère de Thomas et Clément de Bonzi, évêques de Béziers, neveux du cardinal de Bonzi qui fort malencontreusement eut un enfant naturel (encore un) avec Ursule Macabre  qui plus tard épouserait un Eugène Bougon-Valentini bouclant la boucle.

Je vous livre ici un extrait de l’œuvre de l’auteur évoqué ci-dessus et que Martine de l’Ecrevisse dans son célèbre Journal du Mercredi nous a dévoilé en exclusivité la semaine dernière.

« C’est en mars 1964 que Jacques a mangé de l’herbe pour la première fois. Il en avait mangé avant, bien avant, beaucoup et des jours durant, mais la première fois qu’il a mangé de l’herbe et qu’il a guéri c’est en mars 1964, c’était le soir et il avait plu.

– C’était quand déjà, la première fois que tu as mangé de l’herbe et que tu as guéri ? lui a demandé Bonzi.

– C’est en mars, c’était le soir et il avait plu, lui a répondu Jacques.

C’était le soir. Il avait plu*. »

Emile Bougon continue l’œuvre interrompue par l’autre écrivain créant ainsi un dialogue de sourds réellement profond entre les différents tableaux pour former ainsi un pont naturel d’éclaircissement de la situation.

« Jacques s’était gratté la tête puis avait arrêté son mouvement en l’air comme s’il avait aperçu une idée flottante.
– Pourquoi as-tu finalement été guéri ? murmura tout bas Bonzi.
– Pourquoi j’ai été guéri ? Je ne saurais dire… une circonstance différente, une conjonction des planètes, une herbe plus verte ici qu’ailleurs ? va savoir…
– Va savoir, va savoir, moi je pense, articula Bonzi. Cette herbe-là c’était une variante de l’autre. Mais on ne peut rien dire sans savoir. Et puis, c’était une maladie pas commune que t’avais ramassée. Tu crois que le ragondin des champs y était pour quelque chose ?
– Le ragondin des champs ? Faut voir. Y avait la loutre du puits aussi et puis le castor sénéchal. Ces trois-là, ils formaient comme un trio de la garde des prés, non ? »

Nous entrons ensuite dans le détail de l’intoxication de l’herbe avec le rapport entre l’H2NO4 et la civette des montagnes. Emile Bougon dévoile enfin le scandale des prés contaminés et éclaire de son intelligence cette problématique en donnant des pistes de résolutions écologico-mondaines.

Dans le tome 2 que nous déflorerons la semaine prochaine, nous entrerons dans l’univers sournois de la vente par correspondance au détriment de celle livrée en main propre par les facteurs, un métier à risques, vraiment très à risques.

Bonne lecture à tous et surtout, à la semaine prochaine.


* Extrait de Le Petit Bonzi de Sorj Chalendon.

Ecrit pour l’agenda ironique du mois de novembre 2017 sous la houlette de Martine  dont la consigne était d’utiliser une figure de style : l’anadiplose qui consiste à répéter le dernier mot d’une proposition ou d’une phrase au début de la proposition ou de la phrase suivante. Elle nous donnait aussi quelques pistes bien roulées !

Et puis son incipit 13 reprend différents extraits de ce texte dont celui de Sorj Chalendon. C’est ici

 

 

 

 

 

A propos Anne de Louvain-la-Neuve

Anne d'un nulle part, ailleurs ici ou là, entre réel et imaginaire.
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19 commentaires pour La grande bidouillerie, 11 novembre 2017, N° spécial : ces écrivains de chez nous

  1. La Licorne dit :

    Un feu d’artifice !
    ..ça part dans tous les sens…mais on est ébloui ! 🙂

    Bises.

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  2. patchcath dit :

    Après avoir lu tout ça, on n’est ni bougon ni macabre
    et bien en forme pour passer à la cuisine
    et même sans trop d’idée bien parti pour mélanger tout ce qui passe sous la main pour le repas de midi.
    Youpi, merci,
    ça va être simple et vite envoyé, et ça me laissera du temps pour mes brins de laines et d’autres mots
    😉

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  3. Ping : A.I. #11.17 = Le récap’ provisoire – Écri'turbulente, c'est en écrivant qu'on devient écrevisse.

  4. Leodamgan dit :

    Mais pourquoi jouer du piano debout (Jean-Jacques?) Je me suis toujours posé la question.
    Un problème d’hémorroïdes? Toi qui sais tout, tu m’éclaireras peut-être?
    Ah, j’ai honte, là…

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    • « il jouait piano debout… ne dites pas que ce garçon était fou  » France Gall et Michel Berger ? Tu t’en souviens peut-être ? Moi, je suis fan de la chanson française, pas spécialement justement de ces deux-là mais de Jean-Jacques G., alors ça oui, totalement et jusqu’au bout de ma vie. J’adore la musique, le chant, et tutti frutti, comme dit ma sœur qui se trompe toujours dans ces petites phrases qui font le sel de la langue et le poivre quand on se trompe. Belle journée chère Mo et merci de ta fidélité.

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  5. Frog dit :

    HAHAHA !!! OMG MDR LOL et tutti quanti. Je le dis, je n’ai pas honte : j’ai rien compris. A moins qu’au contraire… Mais je m’en contremoque puisque mes muscles zygomatiques prennent un exercice nécessaire et non suffisant : vivement le tome II, donc.

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    • Très chère Frog, il ne faut surtout pas comprendre puisqu’il s’agit en grande partie d’écriture automatique, ce que j’essaie toujours de pratiquer puisque mon pays en est un pilier ! Regarder Magritte, à qui j’ose me comparer (elle n’est pas gênée celle-là !) Ceci n’est pas un récit, pourrait-on donc intituler la chose. Mais si vous avez souri, c’est gagné. C’est le but, c’est l’enjeu, c’est le socle. Grand merci de votre commentaire bienvenu et bise (réelle, ceci en est une !) de mon drôle de pays.

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      • Frog dit :

        Ma foi, entre la France et l’Angleterre, je ne suis pas en reste en matière de drôlerie, mais même automatique, mon écriture ne parviendrait jamais à l’efficacité de ce concentré ! Merci pour la bise réelle, je t’en renvoie une autre tout aussi concrète !

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  6. jobougon dit :

    Vivement la défloraison du tome deux !
    Au fait, je voulais te dire, le pire, dans la vente par correspondance, c’est quand les ventes de collections se font par courrier, car la gestion épistolaire et littéraire est littéralement très porteuse de retards et tout aussi très consommatrice de papier, ce qui met en grandement en péril les forêts en les éclaircissant au max, voire même en papyrusant les plantations.
    En tout cas, ça dépote, une écriture pareille, chère Anne ! Il va falloir s’accrocher pour les votes.
    C’est au moins du youpla boum de quatrième génération ou je ne m’y trompe pas.
    Le Mimile Macabre, il est aussi prolixe que le bougondin des champs, le Poilu Castor et le moummouth laineux.
    Bravo, carrément magnifique ! Applaudissements admiratifs.

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  7. Woaaaaouuuh! J’en suis éberluée! Comment mais comment fais-tu? As-tu la cervelle qui fume en écrivant comme la mienne rit (et fume) en te lisant! J’arrive au bout de ton texte comme Apres un marathon fou, et vraiment, je n’ai plus de souffle mais c’est BON! Merci Anne!

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  8. mouarf (dit-il) !
    et elle prétend ne pas avoir la cervelle qui fuse !!!
    🙂

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