Sarah Schmidt, Les sœurs de Fall River

Nous sommes dans le Massachussetts à la fin du 19e siècle dans une famille bourgeoise apparemment tranquille et sans histoire. Les différents chapitres de ce livre sont répartis entre les pensées des protagonistes du récit (les deux sœurs, la servante, l’oncle, un mauvais garçon) afin que nous puissions analyser les facettes psychologiques de leurs motivations. Ainsi, l’écrivaine tente-t-elle d’expliquer par la fiction ce fait divers sordide du 4 août 1892 en disséquant les dysfonctionnements familiaux qui pourraient expliquer le pourquoi et le comment des événements.

Lizzie Borden, une des filles de la maison, découvre sur le canapé du salon la gorge tranchée et les mutilations dont son père a été la victime. S’ensuit la découverte à l’étage du cadavre de sa belle-mère également mutilée.

Basé sur une histoire vraie, le crime tente de se résoudre à la fois par les rouages d’une enquête mais aussi par l’intuition que se font les lecteurs des différents personnages comme si nous étions au centre même d’un fait divers relayé par la presse et pour lequel nous nous faisons notre propre opinion (pensons à l’affaire du petit Grégori).

On apprend ainsi ce qui fonde une « famille », comment l’éducation des deux filles s’est construite et déconstruite, ce qui a fait déraper le vernis social, ce que la police de l’époque a bâclé pour son l’enquête avec ses méthodes archaïques d’examen de la scène du crime ( à l’inverse de celles des Experts de la télé !), ce qui n’a nullement empêché la justice de suivre son cours, quel qu’en ait été l’issue.

J’ai vu ce livre comme un miroir de ce que tout un chacun ressent à la lecture ou à l’écoute d’un fait divers : l’étonnement d’abord, le choc, les frissons d’horreur ou de peur, l’empathie, l’épouvante devant des actes incompréhensibles, bref, une complexité de sentiments et de sensations que nous pouvons expérimenter avec soulagement du moment que « ça n’arrive qu’aux autres » !