Adam, Ève, le serpent sans sonnette, Seigneur Dieu ! La vraie histoire racontée aux enfants

adam

Il était une fois un puissant mage tout là-haut dans la galaxie et ce qu’on raconte est assez incroyable pour avoir franchi la vitesse de la lumière, du son et des planètes.

La Genèse 2-7. Le Seigneur Dieu forma l’homme avec la poussière du sol, et il lui insuffla dans les narines, un souffle de vie et l’homme devint un être vivant.  Et là, notre Père éternel dit : « wouah…mais c’est dingue, il est à mon image et à ma ressemblance ».

Il fallut que Dieu fût bien seul pour créer un sous lui poussiéreux et dénué de pouvoirs magiques, ce qui, vous en conviendrez, dénote un caractère potentiellement méfiant. En tout état de cause et sans miroir pour vérifier la conformité de la chose qu’il venait de mettre au jour, le résultat se révéla aléatoire et présenta, ma foi, quelques ratés. De deux choses l’une. Ou bien le Maitre était myope ou bien il n’était pas un adonis.  En effet, le nombre de mochetés sur cette terre est directement proportionnel à celui des idiots sans cœur et sans conscience. Remarquez que la noirceur de l’âme est la laideur du corps et vice-versa. D’après cette équation, si l’humain est le portrait tout craché de son créateur, ce dernier, il me semble, ne mérite guère l’adoration un peu béate qu’on lui porte depuis perpète. Au-dessus du commun, le Seigneur, que ce soit au Japon ou au Moyen Âge chez nous et ailleurs, détenait possessions et titres sur la valetaille, tandis que l’être suprême des religions souvent dénommé Dieu règne sur l’univers qu’on évalue assez mal au niveau de la superficie, mais qu’on sait immense. Il y a là sans conteste dans l’expression Seigneur Dieu une gradation stylistique intéressante : si peu d’hommes jusqu’ici se sont emparés de la formule (même les pires dictateurs n’ont jamais osé), la fonction, elle, a depuis longtemps été usurpée.

2-9.  Le Seigneur Dieu fit surgir du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect agréable et aux fruits comestibles. C’était très sympathique de sa part de penser à nourrir son homme, mais l’inconvénient des avantages, c’est qu’il faut récolter la production des fruitiers, avec ou sans échelle, au jardin d’Eden. Bon sang, le boulot ! Adam, qui n’avait pas encore de nom, prenait son temps et ne songeait guère sauf en songe. Il picorait ici une framboise, là quelques pêches, un succulent abricot et, tiens, quelques bananes que personne, pas même un singe qui n’existait pas, ne lui disputait. Crachant les noyaux, lançant ses pelures n’importe où, car le compost n’avait pas été inventé par les écolos, l’homme se mit à saloper son environnement en un rien de temps, en consommant les surplus selon son bon plaisir sans tenir compte des ressources, du recyclage des déchets, de l’économie de marché et des produits de saison. Notre Père qui est zoo ciel  et qui se reposait sur son quant à lui, se mit alors à considérer sa créature d’un œil neuf et vit, horreur, qu’elle se tournait les pouces exactement comme lui en baguenaudant dans les pâturages. La ressemblance a ses limites et il sortit de sa torpeur.

2-18, Le Seigneur Dieu dit : il n’est pas bon que l’homme soit seul, il s’ennuie, il est contreproductif et il n’est pas juste que Moi, Je sois le seul à bosser (de là, l’expression, on voit la paille dans l’œil d’Adam et pas la poutre dans l’œil à Soi).  Je vais lui procurer une aide qui lui soit assortie. 2-21.  Alors le Seigneur Dieu fit descendre une torpeur sur l’homme, qui s’endormit. Déjà, il ne lui fallait pas grand-chose, à Adam, entre deux petites siestes sous les cocotiers pour replonger dans les bras de Morphée; il lui prit une côte, à la place de laquelle il referma la chair. De cette côte, le Seigneur Dieu fit une femme et l’amena près de l’homme.

– Salut, c’est moi Ève, je suis l’aide costaude.

– Salut, moi c’est Adam, l’homme poussière.

Eve

Je tiens à signaler que ce que certains appellent le sexe faible me semble une vaste plaisanterie, car, jusqu’à preuve du contraire, le bout de côte de laquelle sortit la femme est plus dur que la poussière pas très propre d’où le sexe dit fort naquit mou.

2-25. L’homme et la femme étaient nus, tous deux, sans en ressentir de honte. Premier camp de naturistes de l’histoire de l’humanité, c’était surtout bien pratique sans machine à laver, sans savon et sans bestioles à tuer pour s’en faire des strings auxquels ils ne songeaient d’ailleurs pas du tout. Ils se mirent donc au travail à poil et à vapeur pour récolter les fruits, nettoyer les détritus d’Adam, ranger les outils bricolés, cuire les conserves, coller les étiquettes sur les pots de confiture et les bouteilles de jus, une brillante trouvaille d’Ève qui n’avait que des bonnes idées comme la suite allait le prouver : elle était pratique et curieuse, on ne peut tout de même pas le lui reprocher.

L’union des tourtereaux, après consommation des denrées et autres, eut lieu dans l’intimité la plus stricte, les parents éventuels ne s’étant pas signalés, le serpent comme témoin. Un inoubliable cadeau de mariage fut offert à l’occasion : quelques fruits d’un arbre inoffensif, mais que le Seigneur Dieu avait décrété interdit.   3-6. Voyant que le fruit de l’arbre était bon à manger, et appétissant d’aspect, et précieux pour ouvrir l’intelligence [Ève] en prit, en gouta et en présenta aussi à son mari. Noir sur blanc se dévoile ici le péché capital de celui que certains appellent aussi le Très-Haut, puisqu’ils lèvent la tête pour l’adorer, la jalousie. A-t-on suffisamment expliqué que le Tout-Puissant dans ses hauteurs solitaires enviait cet humain et sa jolie nénette à nénés. Il ne supportait pas de les voir gambader dans le plus simple appareil au travers cette nature prolifique. Il détestait qu’Ève ait sans arrêt de nouveaux projets pour dépenser les sous du ménage et rigoler un bon coup. C’est pourquoi, par calcul méphistophélique, il mit au point le coup de l’arbre interdit au paradis terrestre, un piège diabolique, qui allait plonger les hommes dans le péché sans pardon en faisant passer cette brave fille pour la première salope de l’histoire. Trop drôle ce petit jeu, ricana Dieu, dans son dentier, car il était très vieux.

3-7 Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent ; ils virent qu’ils étaient nus, assemblèrent des feuilles de figuier, et s’en firent des ceintures. Cependant, avec le vent, elles volaient à tout berzingue et ce n’était pas très efficace. Adam avait attrapé du ventre en mangeant les sucreries dont Ève raffolait aussi, elle qui avait découvert par la même occasion, horreur, la cellulite. Et la suite prouve la théorie du complot.  3-11. Le Seigneur Dieu dit : Qui t’a révélé que tu étais nu ? Aurais-tu mangé du fruit de l’arbre dont je t’avais interdit de gouter ? Oh, que c’est drôle, borborygma notre Père. Et il continua d’une voix de stentor : c’est le docteur Mabuse dépassé par Frankenstein, c’est l’élève plus malin que son maitre, de la désobéissance civique ! Comment puis-je encore vous faire confiance ?

D’abord, soumis à la question, Adam rejeta la faute sur Ève, Ève sur le serpent, le serpent sur…zut, il n’y avait plus personne ! Alors le Seigneur se déchaina sur le boa éberlué et ce fut le premier cas de maltraitance sur les animaux, la SPA, occupée en Afghanistan, n’étant pas présente sur le site. 3-13, 14, 15. Tu ramperas sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie.  À la femme, Dieu hurla : « J’aggraverai les souffrances de ta grossesse, tu enfanteras dans la douleur. Cependant tes désirs se porteront vers ton mari, et il dominera sur toi. » Deuxième cas de maltraitance, car en attendant la péridurale et les chiennes de garde, il s’est écoulé quelques années pendant lesquelles il nous a fallu serrer les dents pas toujours sans broncher.

3-19. À l’homme, il dit : C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras le pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu as été tiré ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. C’était vache d’ainsi révéler à Adam le secret de sa naissance : comme sa femme venait de sa côte, il pensait qu’il en allait de même pour lui et Dieu ne signala pas à Ève comment elle mourrait, en côte-rôtie ou en poussière par solidarité ?  En tout cas, rien ne va plus. Les jeux étaient faits. Et comme au casino, le banquier gagne toujours. Plein de bonté d’âme, 3-21,  Le Seigneur Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, dont il les revêtit.  Il invente ici la charité chrétienne, l’assistance à personne en danger et la première armée du salut.  Mais en tout état de cause, n’avait-on pas déjà assez de travail sans en rajouter ?  Tout de même trouver la nourriture de tous les jours de la vie, résoudre les problèmes hormonaux, le stress des épines et des chardons, les souffrances et les maladies, sans compter les autres calamités qu’il n’a pas osé dévoiler, les téléphones portables, la bêtise et les politiciens, le chikungunya et la mouche tsétsé ainsi que les régimes et les extrémistes contre les caricatures de Mahomet, son concurrent, quel bordel, ce monde !

En plus de l’arbre de la connaissance, était planqué dans les taillis, l’arbre de Vie qu’il se gardait pour lui tout seul.  3-22, 23, 24. Maintenant, prenons garde qu’il [l’homme] n’étende la main et ne prenne aussi du fruit de l’arbre de vie, qu’il n’en mange et ne vive éternellement. (Ah, non, alors !) … Après avoir chassé l’homme, il posta à l’orient du jardin d’Eden les chérubins armés d’un glaive à lame flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie. Aux dernières nouvelles, on ne l’a pas encore trouvé,  celui-là. Régulièrement, on apprend que des soldats partent en campagne sous divers prétextes, le pétrole, le pouvoir, le territoire, la pureté de la race, les sous, la démocratie même, afin de dénicher ce fameux arbre de vie. Mais les chérubins veillent : ils se déguisent en dragons, en chars d’assaut, en bombe atomique. Ils se succèdent, ne se ressemblent pas, mais sont toujours là, dangereux garants quasi infranchissables d’une légende que des crédules ou des assoiffés de sang perpétuent tout en lorgnant sur une improbable éternité d’un Très-Haut, à leur image, bien peu magnanime.

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A propos Anne de Louvain-la-Neuve

Anne d'un nulle part, ailleurs ici ou là, entre réel et imaginaire.
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5 commentaires pour Adam, Ève, le serpent sans sonnette, Seigneur Dieu ! La vraie histoire racontée aux enfants

  1. Bon, hé, qu’est-ce que vous attendiez de la part d’un gars qui souffle dans les narines d’un autre qui ne lui avait, pour finir, rien demandé? Hein? Bon …

  2. Rx Bodo dit :

    La vieille histoire remise au goût du jour… Pourtant, malgré le temps qui s’est écoulé entre l’originale et votre version, les problèmes restent les mêmes. On n’en sortira donc jamais?

  3. Mireille dit :

    La Bible selon toi, je lirais bien ! mais ne t’en déplaise, il y a là  une entorse à la vérité : le singe était là  bien avant Adam. Ce qui change la face de Dieu, évidemment. Bon voyage au paradis…Mimi

  4. Edith Neut dit :

    Bien sympa ta vision de la genèse … Merci ! htidE

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