Cochon qui s’en dédit et autres cochoncetés

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Vous le savez peut-être mais la fameuse expression  « ne jetez pas vos perles aux pourceaux » remonte à Saint Mathieu et comporte une suite totalement désastreuse pour l’image de ces pauvres animaux « …de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, et, se tournant contre vous, ne vous déchirent ». Ainsi donc,  symboles de saleté repoussante et de voracité goinfrique voire goinfreuse, les voilà cruels mangeurs d’hommes. Ils n’y vont pas de main morte dans la bible. 

Ces malheureux cependant peuvent difficilement exprimer leur exaspération. Toutes ces idées reçues, ces injustes préjugés (pléonasmes ?) ! Pourtant qui peut prétendre que les porcs qui mangent de tout sont incompétents dans les distinctions de gouts ? Les saveurs sont-elles à leur palais toutes semblables ?  Ne préféreraient-ils pas un cassoulet toulousain aux pelures de patates génétiquement modifiées ?

Quelques intéressants portraits de cochons me sont apparus récemment. Nous étions allongés l’été dernier en plein air sur des chaises de jardin pour une séance nostalgie en compagnie de Peau d’âne, une pauvre fille qui, pour échapper à l’inceste, dut se déguiser en souillon et plonger en robe de nuit dans la soue ses pieds nus jusqu’à son altier et gracile cou de princesse. Pas dérangés pour un euro par la fréquentation de la noblesse, les porcs accueillaient la demoiselle avec beaucoup de retenue.

Dans le livre magnifique de Geneviève Damas, Si tu passes la rivière, le narrateur cultivateur s’éprend littéralement de son cochon Oscar une gentille bête qui l’écoute, qui le comprend et lui donne une affection que les humains lui refusent. Mais hélas, Oscar se fait zigouiller par le méchant frère du protagoniste,  car  le destin du cochon est de servir de nourriture aux humains et pas l’inverse. Ce n’est pas rigolo,  c’est la dure réalité de la ferme, l’univers impitoyable à la Dallas où les porcs ne seront pas sauvés.

Le cochon de Gaza, film belgo-germano-français écrit et réalisé par Sylvain Estibal et sorti en 2011, suit le parcours de Jafaar, un pêcheur chanceux malgré lui. L’arrivée d’un animal impur dans ses filets va bouleverser son quotidien. Il faut voir sa tête quand il découvre le « borc » ! Il va tout faire pour s’en débarrasser, mais je ne vous raconte pas la suite car le spectateur va de surprises en découvertes comme le cochon lui-même parfois obligé de revêtir des atours dont il se serait bien passé.

Aussi j’affirme haut et fort que le cochon, la truie, le porc, le pourceau, le verrat, le goret,  et même le porcinet et le cochonnet, ne pas aussi moches, aussi bêtes, ni d’ailleurs aussi roses et imberbes qu’on veut bien le prétendre. Un poids lourd, argument à ma thèse, est qu’il y en a des gris fort poilus, les porcs laineux par exemple, et d’autres qui sont vietnamiens, c’est dire,  et ce n’est pas l’association Groingroin qui me démentira. Je ne mens pas, elle existe bel et bien !

Nous étions récemment au cinéma avec des amies et nous nous sommes retrouvées à l’issue de la séance, durant laquelle nous étions séparées, pour discuter du film. J’ai beaucoup apprécié, dis-je, le moment où Ernest a découvert que Célestine le trompait avec Alceste alors que tous deux d’un commun accord se partageaient des vélos sans frein le long des côtes de l’île de Ré battue par les pluies. C’était  jouissif !  Vous n’y comprenez rien ? C’est normal, car c’est ce qui aurait pu se passer si au dernier moment l’ouvreuse n’avait pas remarqué que certaines des copines avaient pris des places pour Ernest et Célestine contrairement au reste de la bande pour Alceste à bicyclette. Nous aurions sans doute l’espace d’un instant fait vivre le non-sens de cohabitations totalement improbables quand des univers qui ne peuvent se rencontrer plongent dans non-communication.

Cependant, le premier moment de surprise passé, nous nous serions regroupées autour d’un bon cappuccino à la crème dont la mousse aurait égayé nos dentiers respectifs. Et nous serions sans doute arrivées aux mêmes conclusions pour chacun des deux films : Alceste et Lucchini étaient faits pour se rejoindre et s’entendre comme Ernest et Célestine dans leur univers d’aquarelle. Les deux films sont aussi suffisamment attrayants pour réunir des passionnés, grands ou petits, sur un même terrain de jeu.

Les humains  se rendront-ils compte un jour comme dans Rendez-vous en terre inconnue qu’ils ne sont absolument pas si différents les uns des autres et que c’est l’homme, son attrait pour le pouvoir et la domination, la politique et ses corruptions,  les religions qui asservissent, qui font voler en éclat la douceur de vivre et la tranquillité (sans doute très relative) dans les chaumières  ?

En cette période chagrine où certains se font exploser délibérément  comme des porcs menés à l’abattoir (mais eux contre leur gré), le sourire, le rire et les cochons sont des armes contre la morosité ambiante. Nous pourrions par exemple décider d’élever des cochons tous ensemble non pour les manger mais pour converser avec eux comme avec nos animaux de compagnie, sans objectifs de pureté de la race, sans préjuger de leurs péchés de naissance, sans autre désir que celui d’être bien les uns avec les autres.

File dans ta chambre !

Rêver, c’est mauvais pour la santé.

P.S. Rappel. En nouvelle orthographe, l’accent circonflexe sur le « u » tombe : goût devient gout. Tout fout le camp, je sais !

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A propos Anne de Louvain-la-Neuve

Anne d'un nulle part, ailleurs ici ou là, entre réel et imaginaire.
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Un commentaire pour Cochon qui s’en dédit et autres cochoncetés

  1. Un texte pour la chanteuse « C’est la Soue » 😉

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