La famille Patatra

 

3.patatra

C’est une famille pas comme les autres, les Patatra. Ce sont mes voisins, je les connais bien et vais vous les présenter. Il y a d’abord la mère, Maboule Castagnette épouse Patatra depuis 24 ans, avec ses lunettes en cœur sur un nez pointu et des robes exclusivement imprimées en polyester et polyamide. Elle représente la femme parfaite. Quand elle repasse le linge de toute sa petite famille, elle chante des chansons françaises à texte qui l’émeuvent, par exemple le dernier tube de Didgé Vincent sur RJJ (Radio Jeunesse et Jeunes) Tu es l’homme de mes rê-ê-êves, et je t’aime pour la vie-ie, un désert noir et froid, sans toi, sans toi, attend mon âme perdue à jamais loin de twaaaa.  Même le chien Poltron, un bâtard à poils drus, arrête de se lécher les parties quand Maboule déboule avec le fer et les vocalises.

Le père, Génie Patatra ainsi nommé pour convoquer les bonnes fées, est moustachu, souriant et bedonnant car grand buveur de bière. Il sait des choses que sa femme lui envie. Il dit des choses que ses copains aimeraient voir écrites dans de vrais livres. Il voit des choses que les autres ne voient pas. Normal, il est atteint d’hyper myopie ventriculaire et le proclame haut et fort.  Génie et Maboule ont « trois enfants à nous deux » comme ils aiment à le répéter.

Leur fille Pistache Patatra a 16 ans mais on ne l’appelle pas l’aînée parce que les filles, ça ne compte pas dans l’ordre : la preuve, elle est pétée en math régulièrement. Elle a répertorié, de son nez jusqu’en haut de ses cuisses, 876 taches de rousseur et depuis que le toubib de la visite médicale a décrété « un léger surpoids », elle s’estime persécutée par la faculté, refuse d’être malade et mange deux fois plus. Son Génie de père, très fier de sa fille, répète à longueur de journée, tu es très belle, tu ressembles à ta mère et les autres, tu t’en tapes ! C’est d’ailleurs ce qu’elle compte faire quand elle sera plus grande. On encourage à l’indépendance d’esprit dans ce foyer.

Leur second, Junior Patatra dit Le Grand,  11 ans et presque toutes ses dents,  ressemble à son père moustachu. Il est d’ailleurs moustachu lui-même, mais c’est comme ça dans la famille Patatra, les moustaches arrivent très tôt. Il adore chiquer, tout le portrait de son papa au même âge, c’est attendrissant. Quant au plus jeune, Junior-Junior Patatra, âgé de trois ans et quatre mois, un léger duvet précoce orne sa lèvre supérieure, fierté supplémentaire pour la famille qui n’en manque pas. Il ne pleure jamais et tient déjà le volant de l’auto en grattant son petit nez debout sur les fortes cuisses de Génie.

Maboule Castagnette-Patatra est une bonne mère et s’échine à satisfaire les besoins de ses bouches affamées. C’est la meilleure cuisinière du monde dit Génie en lorgnant les gaz, narines frétillantes, un œil humide d’attendrissement posé sur sa femme. Aujourd’hui, c’est le jour des frites, miam, avec des saucisses et de la sauce américaine. Puis de la tarte au sucre comme dessert, En réclame, on en réclame, s’exclame-t-il. Pas question que le poisson entre dans cette maison, et ça, c’est le seul sujet de mésentente dans le couple. Le poisson, c’est pas bon et ça pue la morue a décrété Maboule une bonne fois pour toutes. C’est dommage, Génie est un pêcheur chançard. Avec ça, comme apéro pour tout le monde, on ouvre un paquet de chips car ce sont des pommes de terre et les pommes de terre, c’est excellent pour la santé.

Génie Patatra connaît tous les épisodes de la Star Ac’ par cœur, C’est ma série préférée, et il a tout enregistré. Il peut citer des tirades entières. Par exemple, quand Jean-Noël dit à Natacha dans la deuxième saison, épisode 4 : L’avenir n’est pas pour demain, et le présent est vite passé, il faut en profiter, ça le fait réfléchir et il boit sa bière devant la télé pendant le dîner puis le soir pendant le souper. Il sait ce qui est bien pour les enfants et pour sa femme. Si On regarde le foot, tout le monde s’assied avec le popcorn. Pistache enfile son costume de pomme-pomme girl, qu’elle adore et a cousu elle-même, une vraie haute couturière d’après sa mère et Junior sort les sèches pour les hommes de la famille.

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Maboule et il s’agit de sortir le grand jeu pour ce jour si spécial. Il neige, le match de foot de Junior a été annulé. En route pour le Carrefour. Il y a là tout ce qu’il faut pour rigoler, s’amuser et même plus. D’abord, on file au rayon chips-biscuits  pour s’enfiler un ou deux petits paquets. Oh là, je vous arrête tout de suite, ce ne sont pas des voleurs les Patatra ! Génie garde les emballages dans le caddie pour les montrer à la caisse. La p’tite adore les croissants frais et il y en a tout un rayon. Puis c’est la chasse aux dégustations. C’est le moment le plus amusant. Qui va dénicher la plus sympathique, la plus alléchante, la plus appétissante ? Génie adore le salami, celui du jour est à l’ail et aux olives, un régal. Il y a du nouveau café décaféiné pour Maboule, des toasts avec des sauces extra pour les enfants et du boudin de Noël ainsi que des morceaux de pizzas pour tout le monde.

C’est une chance que l’anniversaire de Maboule tombe toujours aux alentours de Noël et ça, chaque année. La cerise sur le gâteau, le Quick d’à côté pour tout le monde juste après ! Et Génie a prévu une grande surprise. Cette année, à minuit, on sortira l’auto et on partira en direction de Walibi pour voir le feu d’artifice sur le parking en débouchant une bonne bouteille de Champagne demi-sec Perdant Poissard, son préféré. Une belle journée, une excellente fin de journée, et un joyeux Noël  à tout le monde !

 

 

 

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A propos Anne de Louvain-la-Neuve

Les textes et les illustrations (collages, dessins, photos) de ce blog dévoilent mon univers et mes espaces d'inspiration dont découlent des histoires réelles ou imaginaires.
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3 commentaires pour La famille Patatra

  1. Etienne (pas) de Louvain-la-Neuve (mais presque) dit :

    C’est l’histoire d’un mec que l’on trouve brusquement un peu turbulent et que l’on envoie aux fraises.Au coeur de l’hiver, on l’expédie donc à Wépion. Tout le monde sait que trouver des fraises fraîches en cette saison, cela n’existe pas.N’empêche, le mec, docile, y va quand même.Le GPS le conduit au fin fond d’un zoning isolé . Le zoning est vide. Aucune entreprise n’y est installée. Peut-être un jour bruissera-t-il d’une activité incessante, mais pour l’heure, c’est le désert.Le mec pénètre finalement sur un vaste rond-point, un très vaste rond-point même, à cinq bandes de circulation.Le mec fait le tour du rond-point et s’aperçoit que chacune des sorties est un sens interdit. Il fait le tour pour vérifier. Oui, il est bien dans un lieu dont il ne peut sortir.Il est enfermé dans le rond-point. Il ne peut le quitter. Il ne peut non plus y stationner. Il est condamné à y tourner sans cesse dans une ronde sans fin, en un carrousel dont il comprend très vite le caractère totalement stérile.Le mythe de Sisyphe recréé.En attendant, ses forces s’épuisent et, lentement, inexorablement, le niveau de son carburant ne cesse de baisser. Au bout du compte, sa voiture s’arrête. C’est la panne sèche. Contraint de l’abandonner, il pose son triangle et au terme d’une longue marche finit par se retrouver chez lui.Les caméras de surveillance du zoning ont parfaitement suivi et enregistré tous les mouvements du véhicule.Le mec désappointé finit par demander que le carburant qu’il a consommé en vain lui soit remboursé.Il lui est répondu que c’est erronément que son GPS l’a conduit jusque là mais que, pour le surplus, rien ne peut être demandé puisque la signalisation a été placée de manière absolument régulière et qu’elle est complètement conforme.Il n’y a donc aucun motif de l’indemniser de quoi que ce soit puisque c’est librement et de sa propre volonté qu’il est arrivé sur ce rond-point.Il est ajouté que, pour apprécier au mieux la situation il lui reviendrait en outre de prouver le nombre de tours qu’il a effectués et donc la distance parcourue tout en lui précisant que le calcul serait différent s’il avait roulé au centre du rond-point plutôt qu’en périphérie. Il est également fort justement observé que s’il avait circulé en vélo ou en scooter les quantités consommées n’auraient pas été les mêmes.C’est l’histoire d’un mec qu’on envoie faire une course qui n’existe pas en un pays improbable et auquel on nie que la situation ait pu exister tout simplement parce qu’il n’est pas prévu qu’elle puisse exister. Et donc bien que cela ait été, cela n’existe pas parce que cela ne se peut.C’est donc l’histoire d’un mec qui se retrouve enfermé dans l’univers angoissant et contradictoire d’une nouvelle de Kafka.Un labyrinthe sans issue.Rideau.

  2. Pascal De Lessines de Wodecq en Wallonie-Picarde dit :

    Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. Quoi que …

  3. Sophie Dancot dit :

    J’ai les yeux tout gras et les doigts collants, maintenant !
    A quand les ateliers d’écriture chez Anne de LLN ?

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