Extrait de la lettre de L. subtilisée par le surveillant à la dernière retenue

8. Sébastien

Regarde-moi bien Sébastien : je ne suis pas la plus belle, mais je suis une tête… Et j’ai tout mon temps. Regarde celle que tu ne vois pas, celle que tu n’as jamais regardée ! Je suis là devant toi, une araignée qui tisse sa toile dans l’ombre et je vais te jouer un tour à ma façon.

Méfie-toi, je suis une toxico, la fille la plus droguée de tout l’univers. Je pue la came, junkie de toi, accro à ton halo, défoncée à ton odeur, continuellement en manque et dangereuse. Bientôt à ton tour, tu vas souffrir, tu vas ressentir au plus profond de toi ce qu’est la dépendance. Car je vais me rendre à tel point nécessaire que même l’air que tu respireras te paraitra anodin. Je serai ton héroïne, ta piquouse quotidienne, un antidote à tes erreurs, ta révélation. Tu me verras comme le sérum de ton bonheur, le vaccin personnel de toutes tes erreurs et une ivresse contre laquelle aucun sevrage ne pourra rien.

Écoute-moi bien, Sébastien. Cette pétasse de Barbara que tu tiens bêtement par la main te paraitra bientôt si pénible à remorquer que tu paieras un de tes copains pour t’en débarrasser. Paris Hilton au Q.I. de chambranle de porte, pléonasme, mais voilà ce qu’elle est, une mijaurée prétentieuse certes au cul parfait, contrairement aux proportions de son cerveau, une bombe sexuelle qui fait tinter les noix de tous les mâles en rut qui passent à sa portée ! Fléau intemporel de la gent féminine commune, je te le dis Sébastien, bientôt cette salope disparaitra corps et bien, je t’en donne ma parole. Ses jours avec toi sont comptés !

De toute éternité, c’était inscrit dans les astres. Ton destin est lié au mien comme une planète l’est à son satellite. Je cherchais ma moitié : tu es bien plus que les trois/quarts. Regarde-toi, Sébastien, avec ton corps si parfaitement ciselé, tes épaules de lutteur gréco-romain, tes fesses oh, tes fesses majuscules, ton torse miraculeux, mais, Sébastien, je dois te le dire tout de même, ton intelligence de morpion.

Ma voyante me l’a confirmé, je suis une vieille âme. Je sais ce qu’il te faut et ce ne sont pas les doigts crochus de cette fée Carabosse ou la bouche goulue d’une sangsue aux implants mammaires explosifs qui vont changer la donne. Les hommes sont si faibles ! Ils perdent tout sens commun une fois égarés dans les filets de démones lascives, vulgaires et si prévisibles qu’on en rit. Oui, Sébastien, j’en ris jaune, mais j’en ris. D’accord, tu as cette illusion commune à l’espèce dite dominante dont le degré d’ébullition des parties génitales est inversement proportionnel au nombre de neurones en fonction, cette absurde et imbécile sensation de te sentir immortel, invincible, viril quoi, au bras de cette trainée concupiscente.

Reviens sur terre, coupe le gaz sous la vapeur. Ne vois-tu pas que pour conserver cette beauté qui lui sert d’étendard, de diplôme et de curriculum vitae, cette peste finira pas te vider les bourses et la bourse ? Ne comprends-tu pas que sous le grain de beauté se cache le comédon d’une vie sociale en péril ? Un handicap non remboursé par la mutuelle ? Tu perdras tes copains qui, tous, je te l’affirme, voudront la draguer et plus si affinités. Quant aux copines, tu n’en as déjà plus. Tes soi-disant amis t’inviteront dans les soirées pour elle. Tes meilleurs potes viendront te voir pour elle. Elle sera le nectar des plages où des bourdons moulés dans des maillots de bain en érection viendront butiner. Même dans sa combinaison de ski, elle est une atteinte aux bonnes mœurs et aux vacances en famille, semant la pagaille dans les ménages déjà mis à mal par les pistes noires. Cette fille est une mante religieuse. Son orthodoxie, c’est son porte-jarretelle qui fait de toi un des pires poncifs de l’esclave sexuel qui soient. Tu me fais honte, Sébastien quand je vois tes yeux de basset enamouré. Tu me fais honte quand je t’observe, hagard sous son regard lubrique et son sourire de dévoyée de bas étages. Tu t’es laissé avoir à ses pièges vieux comme le monde, pauvre loque.

Tu me déçois, Sébastien mon amour, mais je suis là. Je renverrai très bientôt en enfer cette diablesse aphrodisiaque et ses recettes de sorcière lubrique. Tout rentrera dans l’ordre tu verras, ton costume trois-pièces reprendra sa place et ses dimensions originelles. Tes pupilles dilatées retrouveront une taille qui ne provoquera plus l’inquiétude des ophtalmologues. Tu arrêteras de sourire de cet air benêt de mouche à caca sur son étron puant : c’est une mine qui ne te va pas du tout. Tu cesseras de trembler dès que tu entendras son nom. Ton cœur reprendra son rythme d’avant : rien de comparable à cette tachycardie pathétique de cacochyme en phase terminale. La rugosité sèche de tes mains splendides remplacera la moiteur imbécile et gluante. Tes anciennes copines de classe accourront, celles qui avaient fui devant l’incomparable splendeur de cette perche sans défaut à côté de laquelle elles avaient l’air de naines de jardin prétendant au titre de miss Belgique.

Oui, tu verras comme la vie sera belle à mes côtés Sébastien. Je suis ton double ne l’oublie pas : tu mesures 1m88, moi 1m52. Tu es myope, je suis astigmate, tu es beau, je suis moche, tu es bête, je suis maligne, tu es maigre, je pèse 97 kg, tu es l’homme de ma vie, je serai ta femme pour toujours je t’en fais la promesse, tu seras à moi Sébastien, je le veux, et ce que femme veut, Dieu le veut.

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A propos Anne de Louvain-la-Neuve

Les textes et les illustrations (collages, dessins, photos) de ce blog dévoilent mon univers et mes espaces d'inspiration dont découlent des histoires réelles ou imaginaires.
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10 commentaires pour Extrait de la lettre de L. subtilisée par le surveillant à la dernière retenue

  1. Pour une première lecture au hasard, j’irai de la critique construite et travaillée suivante : Wah !!!

  2. Je me suis parfaitement reconnu dans Sébastien. Mais ce n’est pas très gentil pour ma femme…

  3. Dina dit :

    Oh Anne tu me fais toujours sourire avec tes histoires si bien écrites et où l’humour pointe son nez à chacune d’elles.

  4. Isabelle dit :

    Et toujours aussi inattendu, mais si bien ficelé, vocabulaire riche et coloré. Si vrai ! Un vrai plaisir. Merci, Anne !

  5. Pascal dit :

    Le beau Knecht. Sébastien Knecht!

  6. Mimi dit :

    Oufti ! Ça secoue ! mais qu’est-ce que ça défoule bien !… merci.

  7. Lolo dit :

    Ce que femme veut… Bauknecht le peut…

  8. bernadette.denis@telenet.be dit :

    Dommage que tu n’aies pas facebook: mes partages de tes textes rencontrent un bon succès.

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